Adrien Dargent et les éditions Dargent
Publié par Valeryjuil 7
Adrien Dargent a de la chance. Il s’appelle Dargent. Du coup il peut appeler sa société Editions Dargent. Ce qui a quand même sacrément de la gueule. En plus il a du gout et il travaille avec des artistes talentueux. J’en reparlerai plus tard. Adrien est éditeur donc. Mais un vrai éditeur, un qui travaille les œuvres des artistes avec lesquels il signe. Incroyable. Il démarre son activité et il a accepté de répondre à quelques questions…

Peux-tu te présenter en quelques mots?
Je suis juriste de formation, spécialisé en droit de la propriété Intellectuelle et en Droit de l’Audiovisuel, j’ai été Business Affairs pendant 7 ans en maison de disque. J’ai créé en 2008 une société avec pour projets d’éditer certains artistes dont je suivais le travail depuis quelques années, mais aussi de proposer des prestations de services (management de projets ou d’artistes, administratif, business affairs, …). Je suis aussi un musicien du dimanche.
C’est quoi un éditeur musical?
Un éditeur musical est quelqu’un qui doit assurer à un catalogue d’œuvres musicales une exploitation permanente et suivie.
Il est donc en lien avec une œuvre et non un enregistrement. Son activité dépasse donc celle de la commercialisation d’un support de musique enregistrée, et se conçoit d’une manière beaucoup plus transversale, incluant la collaboration avec un label, le spectacle vivant, la recherche de placement de ses auteurs ou de ses œuvres, pour des synchronisations par exemple (l’illustration d’une œuvre audiovisuelle par une œuvre musicale), ou ce qui en est l’activité historique à savoir l’édition de partitions.
Il est à titre principal rémunéré de la même manière qu’un auteur ou qu’un compositeur, à savoir par le système de la gestion collective de droits d’auteurs (qui revient à la Sacem Sdrm pour la France).
Sa relation se situe vis-à-vis des artistes pour ce qui concerne leur qualité d’auteurs/compositeurs, et non d’interprète sur un enregistrement.
Quelles ambitions pour les 2 ans à venir ?
Amener les projets sur lesquels je travaille le plus loin possible, et continuer à vivre de ce métier.
Il y a 10 ans, en gros, un éditeur musical cherchait un label pour ses auteurs. Aujourd’hui, il cherche quoi l’éditeur?
Nombre de projets étant désormais auto-produits, les capacités d’investissements réduites, et les circuits de distribution de plus en plus restreints, la mission de l’éditeur tend à s’élargir en tous cas dans le circuit indé, et englobe un accompagnement à 360° d’un projet, avec la part de management, de conseil, de promotion, de négociations commerciales pour le compte des artistes, la recherche de circuits de distribution, que cela inclut.
Il cherche donc toujours pour ses auteurs une sortie physique dans le meilleur des cas ou au minimum numérique, un tourneur, et à placer son catalogue partout où cela est possible (compilations, association avec une marque, synchronisations, …).
Quel est ton plus gros problème en tant qu’éditeur indépendant?
Je n’ai pas à proprement parler de « problème », mais des difficultés il y en a bien sûr. Parmi elles, j’évoquerai la nécessité aujourd’hui pour quelqu’un comme moi qui est à son compte de proposer à ses partenaires une multiplicité de services, allant selon le projet de l’édition, au management, à la gestion de projets, ou au business affairs.
Une autre difficulté en tant qu’éditeur cette fois est la frilosité pourtant compréhensible des acteurs du marché et particulièrement des maisons de disques. Il faut dire qu’elles ont pris cher ces dernières années…
SACEM ou pas SACEM?
De manière pragmatique je suis adhérent Sacem et ça me convient ainsi. Le système reste perfectible, notamment en terme de répartition qui ne se font malheureusement pas systématiquement loin s’en faut aux ayants droit concernés, et de pro-activité vis-à-vis de l’appréhension des nouveaux modes de diffusion. L’ampleur de la mission explique aussi ses limites…
Creative commons, tu en penses quoi?
J’ai du mal à y voir un modèle économique pour l’avenir, dans le sens où l’une des finalités reste le partage gratuit, même si ça n’implique pas nécessairement l’autorisation de faire une exploitation commerciale de l’œuvre sous licence. Dans certains cas (musiciens non professionnels, démarche artistique particulière, …) le principe peut s’avérer toutefois approprié.
HADOPI pour ou contre?
En l’état cette loi est devenue sans intérêt. Elle présentait effectivement des limites sur un plan juridique (respect des droits de la défense, possibilités techniques de contournement, absence d’intervention de l’autorité judiciaire). J’espère tout de même qu’un jour on parviendra à redonner un peu plus de valeur aux biens culturels dans le monde numérique, et ça passe par une prise de conscience des mentalités et donc un signe politique puis juridique fort. Je ne pense pas qu’il s’agisse là d’un défi à l’impossible.
C’est surtout un problème de générations, les plus jeunes n’ont, en général, pas la même échelle de valeur que celles des personnes ayant connues ce que pouvait représenter le prix d’un disque, d’une vidéo, d’un jeu vidéo, … Le secteur du livre avec l’avènement de nouveaux supports de lecture sera le prochain touché. L’âge d’or de la musique enregistrée a certes fait son temps je ne suis pas dupe, mais il y a des limites, car derrière la production de biens culturels on trouve toujours des investissements humains et financiers dont on ne peut se passer.
Quel est -de ton point de vue- le vrai problème de l’industrie musicale aujourd’hui?
La concentration toujours plus grande des circuits de distribution accentuée par la baisse des ventes de CD, la perte de valeur économique dans l’environnement numérique, et le manque de représentativité des différents courants musicaux sur les principaux médias.
Ce qui te chiffonne le plus dans ton rapport à la musique?
Son prix parfois (je pense aux gros concerts à 80 euros le billet, au prix de la musique légale en téléchargement qui devrait être plus bas, même le revival du vinyl n’y échappe pas avec des rééditions trop coûteuses).
Selon toi, la musique on l’écoutera comment dans 5 ans?
De manière toujours plus protéiforme, je continuerai à acheter des vinyls, quand d’autres auront leur abonnement amazon, ou écouteront des webradios personnalisées.
S’il y a une personne ou une rencontre liée à la musique que tu veux évoquer, n’hésite pas!
J’en suis là car je suis avant tout un grand amateur de musique, et la musique ça se partage. Le parcours s’explique donc par une série de rencontres liées à la musique, et dont la première fût sans doute celle d’avec mes parents que j’ai rencontré très vite et qui m’ont très tôt initié, grand bien m’en a fait. Et comme tu m’en donnes l’occasion je vais aussi te citer cet excellent groupe qui s’appelle Hifiklub, trio rock qui n’a pas fini de surprendre son monde, et moi le premier, en passe de devenir le premier groupe français à rivaliser avec les pointures internationales, Djako le roi de la House Cinematic et de la Hot Lounge (genres qu’il a lui même créés peu de gens le savent) ou encore la chanteuse Noémie qui est un peu ma Clarys à moi (à quand un plateau de ces 2 artistes majeurs de la scène parisienne féminine d’ailleurs ?). Ceux là ont notamment été des rencontres déterminantes dans mon parcours, je vous invite à les découvrir à votre tour…
Par honnêteté intellectuelle je me dois de préciser que lorsqu’Adrien cite Hifiklub, Djako et Noémie il se fait une pub honteuse puisque ce sont des groupes dont il est éditeur. Et il a bien raison. D’ailleurs un groupe qui travaille avec Legendary Tigerman mérite qu’on lui fasse une pub éhontée. Adrien aurait d’ailleurs pu ajouter Etyl dans sa liste mais non. Il aurait aussi pu parler de Silver Vince et Encore, deux groupes dans lesquels il joue mais non plus. En plus d’avoir un nom classieux, monsieur Dargent a la classe.
Post Scriptum : Quant à Clarys, il a tout à fait raison, c’est une artiste majeure de la scène parisienne. Avec laquelle je travaille il est vrai…

Un commentaire
Commentaire par battle le 3 novembre 2011 � 10 h 51 min
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