Ecce Promo #6 | Indivizik | Un peu ma claque de jouer seul
Publié par Valerynov 19
Gérald parle d’Indivizik son projet solo. Vous ne connaissez vraisemblablement pas Indivizik. La sincérité avec laquelle Gérald livre son texte est touchante et finalement assez troublante. Touchante parce qu’on ne sent pas de mise en scène. Et troublante parce qu’on dirait presque une sorte de cas d’école sur “artiste : amateur ou pro en 2010 ?”.
Indivizik
J’ai fait cet album principalement seul dans mon home-studio de 9 m2 et avec l’aide de 2 musiciens pros qui ont bien fait leur boulot, Simon Fache pour la trompette et Yann Chapoutier pour la batterie; trompette et batterie ont été enregistrées chez Simon qui possède un « vrai » studio d’enregistrement, de taille plus importante que le mien, il peut enregistrer un groupe live, jusqu’à 8 personnes en même temps. Je me suis occupé des guitares, de la basse et des divers sons de clavier.
Le mixage/mastéring a été réalisé par Denis Huet au studio BrotherSoul Records de Roubaix.
Cet album est à la fois l’aboutissement de plusieurs années de travail et une sorte d’étape de transition dans ma vie, j’en tire les leçons, cela représente beaucoup de solitude en amont pour arriver à ce résultat de 6 titres d’une durée totale d’environ 30 min. Solitude qui est nécessaire même si elle peut être parfois destructive, il faut faire aussi attention à ne pas se couper totalement du monde en sombrant dans une espèce de comportement mégalo-orgueilleux.
Mon choix s’est orienté vers un projet solo quand j’ai réalisé qu’il n’était pas courant et facile de rencontrer des zikos avec qui se lancer dans un projet de compositions instrumentales, plutôt que d’attendre après une hypothétique rencontre pleine d’affinités musicales, j’ai pris les devants. Mais aujourd’hui j’en ai un peu ma claque de jouer seul, donc projet solo c’est bien pour composer rapidement mais si il n’y a pas de groupe pour interpréter les morceaux en live par la suite, à part faire du buzz sur le net, ça devient vite sans intérêt.
C’est de la musique purement instrumental, il n’y a pas de chant pour 2 raisons, la 1ère est que je n’ai jamais réussi à me donner les moyens pour chanter correctement, étant quelqu’un d’introverti, rare sont les personnes qui m’ont entendu chanter ne serais-ce qu’un couplet. La 2ème est que je suis en recherche d’identité artistique. Mais j’aime les points de vue philosophiques, les idées de vies un peu décalées, j’aime les mots et l’écriture, à la réflexion, il ne me manquerait pas grand-chose pour écrire des chansons, peut être que je m’y mettrais un de ces jours, il me faut le déclic.
Beaucoup d’incertitude et de contradiction m’animent et m’amènent aujourd’hui à avoir beaucoup de retenu sur une professionnalisation dans le monde de la musique, l’idée m’a pendant longtemps attiré et encore aujourd’hui je trouve ça bien que des gens réussissent à vivre de leur création musicale, mais je crois qu’on est trop de musiciens à vouloir en vivre et qu’en face il y a de moins en moins gens ont les moyens de se payer de la musique. De plus il y a énormément d’albums sous licence Créative Commons qui sont de très bonne qualité, d’un point de vue commercial, ils décrédibilisent totalement les albums mise en ventes. Moi qui ai pris la décision de mettre en vente ma musique sur les plateformes de téléchargements par le biais de zimbalam, je me dis souvent que c’est pour me donner bonne conscience d’agir ainsi, j’ai envie d’y croire mais…… en toute honnêteté, heureusement pour moi que la musique n’est pas mon seul projet professionnel.
Donc je vise une semi-professionnalisation, c’est plus rassurant d’avoir une roue de secours à coté. Je ne suis pas issu d’un milieu artistique, j’ai commencé la musique à 19 ans, aujourd’hui j’en ai 32, mes parents sont ouvriers, mes amis de longue dates ont des professions dites « normales », je suis un peu la brebis galeuse de mon entourage et je peine à m’affirmer en tant qu’artiste. La scène est un milieu que je ne fréquente pas beaucoup ne serais-ce déjà qu’en tant que spectateur, alors en tant que musicien, vous imaginez bien que c’est quelque chose qui me parait inaccessible.
Pour conclure, je sais que je suis loin d’être le seul à avoir fait un album à la maison, que techniquement c’est plus accessible qu’il y a 20 ans, presque n’importe qui peut s’équiper en MAO, mais en ce qui me concerne je me considère comme un écrivain sonore qui a pris le temps de travailler et de remettre en cause ses idées afin de proposer un produit final réfléchi, même si cela reste un premier album et que tout n’est pas parfait parce que j’ai eu des contraintes de temps malgré tout, je suis plutôt satisfait du résultat.
Resilience
Merci à Gérald donc pour ce texte lucide. Bien sûr comme il le dit, il ne s’inscrit plus vraiment dans une professionnalisation mais il fait un constat, de l’intérieur, que je trouve intéressant. Si le texte vous a plu (et même s’il ne vous a pas plus) vous pouvez aller découvrir Resilience le premier album de Indivizik.
Vous avez le choix :

7 commentaires
Commentaire par Teva Flaman le 19 novembre 2010 � 10 h 22 min
Ce soir, je reviens d'un concert qu'on a donné à Montréal avec deux autres groupes québécois, Verlene et Fable, qui se sont affrontés en finale du Battle of the Band 2008, menant l'un d'eux à Londres, pour la finale internationale. Autant dire qu'on jouait avec de gros calibres. La semaine dernière, on avait aussi l'occasion de jouer, toujours à Montréal, avec un autre groupe musicalement et scéniquement très au point, Semperfi.
Malgré un produit de qualité professionnel, un nombre non-négligeable de concerts et des enregistrements qui sonnent la tonne de brique, chacun de ces groupes connaît les difficultés auxquelles nous sommes confrontées en tant que groupe émergent : le public ne répond pas, n'existe pas. Il est vrai que nos "stratégies marketing" ne sont pas au point.
Nous avons donc décidé de suivre les conseils de Valoche en nous focalisant sur les gens qui apprécient déjà notre musique et de tisser un lien avec eux, car après tout, c'est pour eux que nous jouons. Nous en sommes donc venus à une question : quel est notre public? Où le trouver? Comment l'intéresser? C'est une question à laquelle il est difficile de répondre, tant notre musique ne respecte pas le standard du mainstream : longues plages musicales, pas vraiment de structures cyclique, des arpèges sur des open tuning et de gros power chords.
Pour parvenir à atteindre ces "élus" (qu'ils soient 50 ou 50 000) à qui notre musique apporterait quelque chose, on a décidé de rendre notre set transportable dans des endroits inusités (comme ceux où sont filmés les "concerts à emporter"), et proposer une contribution volontaire. Ce choix est motivé par notre manque de moyens financiers (on a pas les moyens de payer quelqu'un qui pourrait nous aider sur la promo qu'on a pas le temps de faire et qu'on fait d'ailleurs assez mal!) et par le fait qu'on est sûr d'atteindre des publics différents (une laverie automatique attire un large panel de public) qui seront plus portés à contribuer de façon volontaire qu'à payer au moins 5 euros/5 dollars un concert dans un bar ; les gens sortent moins facilement pour les tout petits groupes.
Du coup, je comprends Gérald. Pour avoir des contacts quand on choisit de tracer soi-même sa route, j'imagine qu'il faut être partout. Quand on a pas trop le sous, ni la tchatche, un des moyens est de réfléchir à un projet tout aussi riche artistiquement que ce qu'on peut offrir dans une salle dédiée, mais plus humble techniquement. À quelque chose qui va aussi se marier à ces endroits de diffusion peu communs et financièrement plus accessibles. Ce sont souvent des lieux intimes (café, appartement d'un ami, épicerie…) qui vont permettre de créer des ambiances. On oublie donc le gros son quand on fait du rock, on se tourne vers l'acoustique. Pour un groupe de métal, c'est plus difficile, mais pour un groupe d'indie, c'est faisable. La solution du solo ou du groupe plus restreint devient ainsi un avantage plus qu'un handicap. On peut toujours enregistrer des séquences intéressantes et jouer par dessus, quitte à jouer au clic.
Après, il faut persévérer. Pour cela, comme le dit Valoche, il faut un plan de match. Savoir ce que l'on veut vraiment. Un but accessible et mesurable (décomposable en étapes), en somme. Un but motivant aussi. Parce que je crois qu'il n'y a rien de pire que le découragement pour mettre en péril un projet musical.
Finalement, le plus important il me semble, c'est d'entretenir la passion, parce que sans passion, il ne peut pas y avoir de vision, et sans vision, on ne peut pas se fixer des jalons et atteindre ses buts. Tout est lié, je crois.
Commentaire par Valery le 19 novembre 2010 � 10 h 29 min
"Qui sont nos fans, combien sont-ils ou sont-ils sont, comment les toucher ?" Des questions qui ont l'air bête mais que les groupes (ou leur entourage) devraient se poser. C'est pour ça que ce seront les 2 prochaines étapes du guide pour les groupes indépendants.
Et c'est vrai que ça devient dur de faire du gros son quand on démarre. Les bars, les petites salles et les normes publiques sont de plus en plus restrictives.
Bon le live se porte quand même pas trop mal pour les groupes de metal mais il faudrait pas que ces conditions/restrictions sur le live nivelle la musique et qu'on se retrouve qu'avec de l'Indie Folk…
Commentaire par Teva Flaman le 19 novembre 2010 � 10 h 34 min
J'ajouterais, pour compléter mon dernier paragraphe, que la passion, c'est le simple plaisir de prendre sa guitare et de partager sa musique à un auditoire. La formule du concert dans un lieu commun qui n'est pas un lieu de passage, permet, je le crois, de l'entretenir (ça marche pour le chanteur de Semperfi. Avec sa femme, il a créé un duo guitare/violoncelle qui a déjà attiré journaux et radios montréalais. À moins que ce soit dans l'ère du temps?). On vous dira si ça marche pour nous.
Premièr essai le 11 décembre à un "party de bureau" (coutume québécoise qui consiste à rassembler tous les employés d'une boîte pour fêter noël. Certains comités organisateurs font venir des gogo dancers, la directrice de mon entreprise, quant à elle, a préféré nous demander de jouer!)…
Ping par Tweets that mention Ecce Promo #6 | Indivizik | Un peu ma claque de jouer seul | B comme BoxSons -- Topsy.com le 21 novembre 2010 � 16 h 51 min
[...] This post was mentioned on Twitter by Indivizik, Valery__. Valery__ said: Ecce Promo #6 | Indivizik | Un artiste se raconte sans promo http://bit.ly/amDnaK [...]
Commentaire par Indivizik le 21 novembre 2010 � 21 h 08 min
Bonsoir à Valéry, à Teva Flaman et à l’ensemble des lecteurs de B comme Boxsons, lieu où il est encore possible de trouver authenticité et intégrité.
Pour rebondir d’une manière générale sur ce qu’il a été dit, je commencerai par dire que : « Vivre de la musique, Oui ! Mais mourir pour avoir voulu vivre de la musique, Non ! »
Parce que j’ai quand même le sentiment que de se lancer dans la musique, aussi passionnant que cela puisse paraitre à cette époque énigmatique du web 2.0 relève du masochisme.
De ma propre et humble expérience, il en ressort que, à l’exception d’une certaine minorité d’artiste, il est plus facile de se mettre minable pour la musique (comme il est facile de rendre la musique minable) que de vivre bien en ne faisant que de la musique.
On pourrait même croire que l’artiste est devenu le dindon de la farce, le seul à se faire couillonner par le système alors qu’il existe tout un tas de professions annexes de la musique qui semblent ne pas souffrir de la précarité.
Les vendeurs de rêves se nourrissent allègrement de la naïveté des artistes en devenir, du moins ceux à qui il est préférable de faire croire qu’ils deviendront « peut être » artistes un jour.
Mais effectivement la musique doit être avant tout animée par la passion et je rejoins Teva Flaman sur l’idée que seule la passion peut faire vivre la musique et j’ajouterai que « mieux vaut ne pas en vivre afin de conserver cette flamme passionnelle, plutôt que d’en faire 10 heures/jour pour gagner 3 centimes et au final devenir blasé de la zik, ne pas avoir à bouffer et perdre toute sensibilité musicale.
Gérald
Commentaire par Teva Flaman le 25 novembre 2010 � 17 h 14 min
@ Gérald
Notre guitariste lead vient de nous lâcher la semaine dernière, deux jours après le concert mémorable qu'on a fait devant cinq personnes (oui, cinq personnes ont eu droit à un concert mémorable!). Sa raison, c'est le temps qui lui manque pour étudier.
Je sais que c'est vrai, mais je sais aussi que ce n'est pas son unique raison. Lui et sa femme sont restés sur une idée qui n'est – à mon avis – plus vraie en 2010 : on peut réussir en défonçant les portes, en harcelant managers et maisons de disque, en s'ajoutant 50 000 amis sur Facebook (sans se présenter) et en les invitant à tous les événements.
Frustré de ne pas nous (le batteur et moi) voir foncer tête baissée dans cette direction, il a décidé de faire ses valises.
Mais le batteur et moi pensons que cette méthode-là, c'est la meilleure manière de s'épuiser et de se dégoûter de la musique. C'est d'ailleurs ce qui avait commencé à m'arriver. D'abord parce que les gens en ont marre d'être sollicités, qu'ils en ont que faire des centaines de groupes qui les invitent à des concerts, ensuite parce que les managers ne répondent jamais à des mails et que les maisons de disques prennent bien soin d'écrire sur leur site la formule "Don't call us, we'll call you".
L'autre problème, c'est que lorsque qu'on se démène et qu'une maison de disque veut bien de nous, on peut céder, comme le dit Gérald, à des vendeurs de rêves, parce qu'on en a juste assez de galérer. Faire les frais de maisons de disques peu scrupuleuses qui cherchent à ramasser le peu de cash possible en mettant les groupes à genou ou en les envoyant en tournée sans soutien, comme on enverrai un bleu à la guerre avec un bâton pour seule arme.
L'autre idée que partageait notre guitariste, c'était d'être présents partout. De produire du contenu en permanence, de faire les premières parties de tous les groupes possibles. Mais ni lui ni nous ne pouvions le faire. Finalement, les groupes dont on voulait (pouvait) faire les premières parties sont des groupes avec des tournées, des albums, des interviews. Mais c'est tellement possible en 2010 et ça ne ramène tellement rien si c'est mal pensé que ces groupes-là n'avaient pas plus de public que nous.
Finalement, ça coûte du temps, des sous, ça bouffe surtout beaucoup d'énvie et d'énergie. Finalement, c'est comme monter une entreprise. Si tu es étudiant et que tu comptes aller au bout de ton projet et de tes études, révise la hiérarchie de tes priorités, parce que tu ne pourras pas faire les deux. Ou du moins pas tout seul.
Et à force d'essayer d'être présents partout avec les idées du passé, on finit par être nulle part, par faire les choses n'importe comment.
Ça demande une stratégie, d'où ma visite sur B comme Boxsons. C'est un ami québécois qui nous en a donné l'adresse.
Commentaire par Indivizik le 26 novembre 2010 � 22 h 32 min
@teva
Désolé pour le départ de votre guitariste, le problème d’un groupe à notre époque, c’est que ça clash pour un rien, si il n’y a pas communion entre les membres, des conflits d’intérêts surviennent rapidement. Surtout dans un groupe où une partie des membres essaient de se professionnaliser et l’autre partie souhaite rester amateur ou semi-pro, dans ce cas de figure là, c’est le clash assuré.
Il est vrai qu’on ne peut pas tout faire en même temps et paradoxalement un projet bien travaillé sur le plan musical demande beaucoup de temps à se réaliser, alors c’est tentant de passer pro, je dirais même que c’est inévitable quand on s’est beaucoup investi dans la musique mais le problème est que la professionnalisation ne rémunère plus, donc faire 40 heures de musiques /semaines dans son home studio à composer et enregistrer sans gagner une tunes….on comprend la problématique.
Quelques part je comprend les comportements comme celui de ton ex-guitariste qui veut être partout à la fois, parce que la scène reste le moyen le plus efficace pour se faire rémunérer en faisant de la musique, après c’est certain qu’il faut trouver les bons plans concerts et les bonnes programmation qui paient bien, parce que si c’est pour jouer 3 soir par semaine gratuitement en espérant que cela apportera une valeur ajoutée à l’image du projet mais que concrètement ça ne rapporte pas une tune, au final oui ça te bouffe tout ton temps car les scènes faut les préparer et répéter, ça aussi ça coute du pognon, frais de location de salle, usures et entretiens des instruments.
Dans un idéal, ça m’intéresserait de travailler à mi-temps et de faire la musique l’autre moitié de temps, ça me paraît plus sensé et réalisable comme projet de professionnalisation.
Gérald