Interrogatoire de Mr Olivier | Where is my réponse ?
Publié par Valochedéc 11
Il est de ces rencontres virtuelles qui vous font douter. Au détour d’un clic vous tomber sur un article que vous auriez pu écrire. Même ton, même tournure, même esprit et plus ou moins mêmes sujets. Oh l’égo étant ce qu’il est que le fait que les articles soit mieux écrits, plus drôles et tout ce qu’on voudra n’entre absolument pas en ligne de compte hein. Ahaha combien de scribouillards en lisant Hugo on dû se dire “p’tain on dirait moi” avant de pondre lamentablement 15 chapitres des “miséreux”, saga indigeste et illisible que gonzague seinbri n’auraient pas reniée. Bref Mossieur Olivier responsable de Where is My song ? est de ceux qui font douter. Et bien rigoler aussi parce quand même.
Intro: la chanson ou l’album que tu aimerais qu’on écoute en lisant cette interview/questionnaire ?
Bien. Donc ça commence direct avec une question impossible. Je vois le genre…
)))
On va faire dans le péremptoire, sinon c’est pas rigolo : « Where the Wolf Bane Blooms« , le premier mini LP des Nomads.
C’est le concentré même de de que j’adore : un son énorme, un truc à contre courant total, sorti en 83, du « garage » comme on dit (rhaaa ce mot !), et pour l’essentiel des reprises monumentales de vieux machins oubliés. « Monumentales » parce que ce truc est un monument, vraiment. Et quel son ! Appelez ça garage, rock, punk rock, j’en sais rien, ou ne l’appelez pas mais écoutez le. Cet album me met une claque à chaque écoute. Et puis ce sont des suédois les Nomads. J’aime bien l’idée : une bande de suédois qui gardent le temple pendant que les Yamaha DX 7 débarquent avec tous ces affreux groupes « new wave » (que j’ai aimé hein, quand j’étais petit). Mais ce « Where the Wolf Bane Blooms« , garanti 100 % sans prétention : tu as l’impression qu’AC/DC dit « Let there be rock » et paf, les Nomads débarquent et envoient « Where the Wolf Bane Blooms » ! Et puis le son est absolument intemporel : ce machin est indatable au carbone 14. Bref, si quelqu’un veut (quelle drôle d’idée) comprendre pourquoi « Where is my Song ? », le Nomads est tout à fait indiqué.
… Ou alors « Inside Lookin’ Out » des Animals. En boucle. Volume à 11 (pour le climax quasi permanent, rhaaaa je suis dingue de ce morceau).
Ton blog Where is My song ? semble avoir été lancé en mars 2009. C’est ridiculement tard. Tu as une excuse ?
Oui, avant je n’avais rien à dire. Ou pas grand chose. Ce qui constitue une bonne raison de la fermer. Ou alors je le disais à mon entourage, que je finissais par saouler (ce qui constitue également une bonne raison de la fermer). Astucieusement, une personne féminine de type très proche de moi m’a conseillé de monter un site pour pérorer dans mon coin sans gêner les autres. Je dis « site » parce que le mot « blog », je n’y arrive pas. Ce mot est trop laid, vraiment.
Le truc c’était d’avoir un endroit où pouvoir écrire sur ce qui était en train de se passer dans l’industrie de la musique, parce que je ne comprenais plus grand chose au(x) modèle(s) d’émergence des nouveaux artistes (tu m’étonnes), et que je trouvais ça à la fois passionnant et angoissant. Je me frottais à ça dans le cadre de mon travail, je connaissais des gens directement impactés par l’évolution, et je voyais tout ce truc de médias sociaux prendre de l’ampleur, la musique devenir des jeux (je suis aussi un gamer fou). Quand tu vois tout ça, tu te dis « Hé ben, voilà un joyeux foutoir, ils vont faire comment les petits nouveaux qui débarquent avec de bonnes chansons ? « et puis le truc qui est venu, c’était la phrase que tu trouves encore en home sur le site :
« Si personne ne peut vraiment vivre sans musique, mais que personne ne peut plus en vivre vraiment, comment va-t-on s’en sortir ? »
Quand tu aimes vraiment la musique, en ce moment, c’est pas inutile de se poser des questions sur ce qui va se passer, en fait, mais ça tu le sais, vu que tu apportes toi-même des réponses hyper concrètes aux groupes !
Tu écris sur la musique et sur le marketing de la musique. Pourquoi les deux ?
Parce que je m’y autorise, môssieur.
J’ai validé le truc avec moi-même et je suis vite tombé d’accord : les nouveaux modèles d’émergence, les problématiques business, c’est bien gentil, mais parler de chansons, de groupes passés ou à venir qui changent tes oreilles, ce serait dommage de s’en passer. S’en passer, ce serait un peu comme … euh … parler de sexualité sans pratiquer (c’est un exemple).
C’est un plaisir d’écrire sur des chansons. Et si tu peux être un « passeur », même pour quelques personnes, ça sert à quelque chose, un peu. Et puis maintenant il y a des « guests », ça aussi c’est un plaisir. J’aime pas trop bosser tout seul, en fait…
L’article sur Where is My Song dont tu n’hésiterais pas à te vanter si on t’en laissait l’occasion ?
Il est encore à écrire, celui-là. Je me laisse assez peu l’occasion de me vanter. Pas le genre de la maison, monsieur. Je la ferme en attendant qu’on me dise « j’aime beaucoup ce que vous faites ! » (ce qui est encore pire, soit).
Celui dont je suis content, c’est « Quel artiste online êtes vous ? », parce que je ris encore en le lisant mais qu’il dit quand même un peu des trucs, pose des questions, pointe des directions, sans être trop chiant. C’est vraiment l’idée, d’essayer de jouer les aiguilleurs, sans pontifier.
Note que celui qui réussit à pontifier sur l’industrie de la musique et son futur, ou sur les modèles d’émergence des nouveaux talents en ce moment, il a un égo en Kevlar et là je dis chapeau.
Ou alors il est complètement con.
La profusion actuelle, ça te fait marrer, ça t’impressionne ou ça te désespère?
C’est impressionnant surtout !
Ce qui est génial, c’est qu’il y a plein de choses, partout. Mais le problème, c’est qu’il y a trop de choses partout, trop de musique dans tous les sens, sans repères, à part les « aiguilleurs », tiens, qui valent ce qu’ils valent, mais qui ont le mérite d’exister.
Evidemment tu as beaucoup de choses très moyennes, mais la technologie, la facilité d’accès à la qualité pro, c’est passionnant, ça ouvre des portes insensées et ça peut élever le niveau. Plus question d’être signé ou pas, ça on s’en fout. De toute façon, dans tous les cas, les groupes doivent se démerder pour bien s’entourer et maîtriser leur présence en ligne notamment. Ca peut être fatiguant d’entendre 9 cacas (quoique ça peut aussi faire marrer), mais si c’est pour tomber, à la dixième écoute, sur une perle qui n’avait aucune chance d’exister il y a dix ans, c’est top, non ? C’est là que c’est passionnant.
Et c’est pas fini ! Je suis persuadé que des processus de « création / gaming » vont apparaître à grande échelle. Là, c’est carrément vertigineux.
La musique doit-elle être gratuite sur internet selon-toi?
Oui et re-oui. En fait, ce n’est pas tant qu’elle doit l’être, c’est qu’elle va probablement le devenir à terme.
Tiens, je vais pontifier : la musique enregistrée va tendre à devenir gratuite parce qu’elle est devenue reproductible à l’infini donc absolument pas rare du tout (98 % des oreilles, y compris celles des pros, ne peuvent pas faire la différence entre un bon MP3 à 320 kbps et un CD, arrêtons d’ergoter sur la qualité des formats numériques immatériels).
Et ce n’est pas sale !
L’anomalie c’est pas ça, l’anomalie c’est la musique enregistrée qui fait vivre les artistes et surtout leurs intermédiaires depuis les années 1950. Ils faisaient comment avant, les artistes, pour bouffer ? Non mais sérieux ?
Ca, c’est LE truc qui me fout hors de moi : ce manque de distance, volontaire ou non, de tout un pan du milieu musical sur le sujet. C’est pas une poutre qu’ils ont dans l’œil, ces gens, c’est une charpente entière. Oui, tu remets en cause ton modèle. Oui, tu es obligé de le faire. On va pondre des lois Hadopi-machin-chouette jusqu’à quand ? Ca, ça fait vivoter les gros acteurs mais ça tue les nouveaux artistes parce que ça freine l’évolution vers un nouveau modèle stable. C’est calamiteux.
Quelle est, toujours selon toi, le problème de l’industrie musicale?
Houla. Si tu regardes les choses objectivement, la réponse est dans la question en fait.
C’est une « industrie » en face d’un média, le net, qui va beaucoup trop vite pour des structures aussi lourdes. Résultat : au lieu d’accepter l’évidence, voilà des mégastructures qui jouent la montre, le lobbying à fond, et perdent du temps.
Pendant ce temps perdu là, les acteurs changent et une nouvelle « industrie » arrive, de nouveaux artisans aussi, 100 fois moins gros et 100 fois plus malins. De nouveaux diffuseurs de contenus, plus réactifs, plus en phase avec leur média. Je ne dis pas que c’est mieux, loin de là, mais en tout cas ça fait exploser le modèle Artiste / Label / Distributeur.
Au milieu de tout ce fatras, tu as des groupes qui pondent des idées lumineuses pour s’en tirer, d’autres qui sont persuadés que Myspace va les sauver (haha), d’autres qui s’accrochent encore à la signature sur un label comme une espèce de Graal, des start-up qui tâtonnent autour de modèles de distribution viables, et dans un an ou deux, je suis à peu près sûr qu’on saura à quoi s’en tenir.
En ce moment, j’aurais tendance à parier sur le modèle Apple-Lala, que je trouve assez vertueux, même s’il faut encore des réglages… Dans deux mois, je te dirai que c’était pas ça en fait, comme d’habitude. Non, sérieux, ce modèle là, il tient la route, à condition d’ouvrir la porte aux artistes et aux micro structures, et de les exposer vraiment. Tout l’enjeu il est là.
Quand je vois Deezer qui signe des accords avec EMI etc … et qui te laisse uploader tes compos en mp3 SANS pouvoir les distribuer (ce qui n’a AUCUN intérêt), c’est désolant. Et ils l’ont fait. Alors que l’enjeu super fort, c’est l’exposition des nouveaux entrants, des artistes qui débarquent, et que via les playlists, les « radios » thématiques de ce type de plateformes, des petits peuvent émerger s’ils sont appréciés.
Quand tu vois que l’an passé, 90 % des revenus des ventes en ligne sont allés à 10 % des groupes, le fameux « modèle de la longue traine » en a pris un beau coup dans la tronche. M’est avis qu’il y a un boulot énorme sur la mise en valeur des nouveaux talents, c’est là que tout reste à faire. Et ce n’est pas vain : on écoutera quoi, dans dix ans, si plus personne n’a les moyens d’émerger ?
C’est ça, à mon sens, le problème de l’industrie musicale. Si problème il y a, parce qu’en fait, tu as quoi ? Un réseau ouvert qui remplace un réseau fermé ? C’est pas un problème ça, c’est une redistribution des cartes.
Conclusion: S’il y a une anecdote particulière ayant trait à la musique ou à where is my song? que tu souhaites évoquer, tu es -plus que- le bienvenu.
Hum. Pas simple.
« Where Is My Song ? » est encore un bébé, comme tu le faisais remarquer avec fiel
Un bébé, ça n’a pas d’anecdotes à raconter, ou alors, elles manquent tout de même cruellement d’intérêt.
Il y a 30 ans, j’écoutais les Kinks et les Beatles sur la chaîne de mon père et la pochette de « Radioactivity » de Kraftwerk me fascinait. C’était génial.
Il y a 20 ans, je bousillais des guitares sur scène, on faisait plein de concerts, on rencontrait plein de gens, et c’était génial.
Il y a 10 ans, j’essayais de comprendre comment on se fabriquait un home studio, je découvrais des tonnes de morceaux en ligne et c’était génial.
Aujourd’hui, j’écris des bidules sur « Where Is My Song ? », j’ai compris comment ça marche un home studio, je rencontre encore plein de gens – comme toi, par exemple – et c’est encore génial.
Dans 10 ans, je ne sais pas ce que ce sera. M’est avis que ce sera encore… attends je cherche le mot… oui, voilà : génial.
Je commence à me demander si je ne serais pas un peu accro à la musique, ou un peu con, au choix.
(Et j’ai répondu à tout ça SANS citer Nine Inch Nails !) (Ha merde, c’est fait).
Ce que je trouve absolument magnifique c’est cet enthousiasme. Et ce regard tourné vers l’avenir bordel! Il y a 30 ans c’était génial, 20 ans aussi et aujourd’hui tout pareil. C’est à ça qu’on peut différencier assez simplement le vieux con du pas vieux con. Merci donc à ce pas vieux con d’Olivier pour son temps, ses réponses et son site.













3 commentaires
Ping par Tweets that mention Interrogatoire de Mr Olivier | Where is my réponse ? | B comme BoxSons -- Topsy.com le 11 décembre 2009 � 16 h 23 min
[...] This post was mentioned on Twitter by KMS, Valery__. Valery__ said: Ca devait arriver @mrolivier répond à des questions sur B comme boxsons http://bit.ly/7NGGpJ [...]
Commentaire par Olivier le 11 décembre 2009 � 16 h 31 min
My pleasure, Mister ! Et un gros thanx pour les compliments, c’est très…euh…touchant. Vraiment.
Ping par Top Ten #2 | New Model Army | B comme BoxSons le 23 janvier 2010 � 20 h 00 min
[...] Here comes the war sur le site Where is my song ? de l’excellent Olivier. Lui-même en interview ici. C’est vous [...]