Il y a beaucoup de blogs sur la musique. Certains parlent des artistes très connus, d’autres des inconnus. Il y a des blogs sur l’industrie musicale, la musique et internet, la musique et la pub. Enfin il y a des blogs sur à peu près toutes les musiques, toutes les formes de musiques et toutes les approches. Difficile de s’y retrouver. Et justement « I Left without My Hat » c’est un plaisir de s’y perdre. Doit être parce que j’ai pas mal de goûts en commun avec le sieur Twist, coupable en chef. Une culture musicale impressionnante et une envie « découvrir et faire découvrir de la musique ». En plus il a pris le temps de répondre précisément et en détails à ces quelques questions.

Peux-tu te présenter ?
Olivier, dit Twist, 29 ans, lyonnais basé à Lyon (pour l’instant), tout nouveau chômeur, et amoureux de musique. A part écouter de la musique, j’aime danser dessus. Ah et j’aime bien écrire aussi.

Peux-tu évoquer ton blog (ce qui te motive ou t’as motivé etc)?
Déjà, à la base, j’ai toujours aimé écrire, sur un peu tout. Et avec l’avènement d’Internet, je postais quotidiennement (et plutôt beaucoup même! Une sorte de geek musical) sur pas mal de forums musicaux. Le hic, c’est que chacune de mes petites chroniques à un moment donné disparaissait à chaque nouveau nettoyage du forum. Et je trouvais ça assez frustrant, j’aime bien garder des traces.
La seconde raison, c’est que j’ai dans mon entourage des ami(e)s qui aiment la musique mais pas à un point maladif comme moi. Et là aussi j’étais frustré car je parlais de groupes qui leur étaient inconnus. Et les discussions tournaient vite court.
Donc le blog m’a permis de faire d’une pierre deux coups : combler mon besoin d’écriture en gardant une trace et faire découvrir plus concrètement des artistes à mon entourage, voire à plus de gens, via des rendez-vous quotidiens.

Tu le vois évoluer comment ton blog dans les 2 ans à venir ?
Je ne sais pas encore. Pour l’instant, l’interface est très sobre (qui a dit moche ?) mais je trouve que c’est clair. Peut-être passer sous wordpress, mais ça me prendra du temps. Donc je verrai.
Et puis je ne sais pas si j’aurai encore l’envie de continuer. Peut-être que mes envies de découvertes se tariront et que je préfèrerais tabler sur des vieilleries, plus ou moins connues. Auquel cas, je ne sais pas si je continuerai à écrire sur ce blog. J’en créerais peut-être un autre, qui, sait!

Mais pour l’instant, je ne me pose pas la question. L’envie est toujours énorme. La musique est un peu mon pain quotidien. Il m’est impossible de passer une journée sans musique voire même sans découverte. J’aime toujours autant être touché par une musique, qu’elle ait été composée par Coldplay ou par un obscur groupe tombé entre mes oreilles par on ne sait quel miracle.

Comment « gères-tu » la profusion de groupes, morceaux, vidéos, évènements ?
J’ai un peu de mal. Je voudrais arriver à parler de tout. Sauf que ce n’est pas possible (et tant mieux d’ailleurs!). Il n’y a jamais eu autant de musique accessible : du petit groupe de l’Alabama qui sort un disque pour ses potes au dernier tube chinois en passant par the next big thing anglo-saxonne. Il faut faire le tri.
Pour faire mon choix, je me fie à une description rapide (peut-être trop parfois), à une pochette que je trouve jolie, à un nom sympa, à un feeling inexplicable ou, plus souvent, à un conseil d’amis, de blogueur ou de forumeur.
Par contre, depuis le début de mon blog, je garde une ligne directrice : chronique de disques le mardi et le jeudi (autant que faire se peut), les autres jours une chanson en écoute avec une rapide description et le week-end une chronique d’une vieillerie oubliée (ou non). Je n’ai pas toujours le temps de mettre à jour, mais je me tiens à cette logique là.
Et suivre cette logique là (et m’y tenir!) m’aide à ne pas tomber dans l’excès et me refreine à vouloir parler de tout et n’importe quoi.
Ca m’empêche aussi de tomber – en partie – dans le jeu des maisons de disques, avec players exclusifs, clip en avant-première, exclusivité, etc… Ces gens là font du bon boulot, ils tentent de trouver des nouveaux moyens pour impliquer les blogs et le monde du web 2.0, mais ça ne me ressemble pas vraiment au final. Donc ça m’aide à faire le tri.

Justement, concernant la découverte de nouveaux artistes. Aujourd’hui c’est plus simple ou plus compliqué qu’il y 5 ans pour toi ?(live ou pas)
Uhm, c’est délicat à répondre. D’un côté, c’est évidemment plus simple car l’offre est plus grande et forcément les découvertes aussi. Mais j’avoue que je trouve ça plus compliqué au final. C’est le revers de la médaille. Il y a une telle profusion, il y a tellement de tout et n’importe quoi qu’il est difficile d’y voir bien clair.

En fait, aujourd’hui, le tri se fait par le haut et ce n’est pas plus mal. Le groupe qui sort un disque en 2009 doit avoir du talent, avoir un petit quelque chose en plus que les autres n’ont pas. Sinon il disparaît aussi vite qu’il est arrivé. La sentence est impitoyable. Nous sommes dans une société qui encense aussi rapidement qu’elle dénigre – ou oublie – qu’il est assez dur de s’imposer sur la durée si l’on ne propose pas quelque chose qui sort du lot.

C’est regrettable mais pour beaucoup, en une écoute (même pas !) il faut que le groupe charme, montre son identité, sinon il a peu de chances d’être réécouté avant longtemps.

Personnellement, j’essaie de toujours donner deux chances à un album, car l’état d’esprit d’un moment n’est pas celui du lendemain. Mais si au bout de deux écoutes, je ne trouve rien, mais vraiment rien, je passe à autres choses. Il y a tellement d’albums que je ne m’acharne pas.
Quel est -de ton point de vue- le vrai problème de l’industrie musicale aujourd’hui?
Le vrai problème de l’industrie musicale est double.

D’un côté, on a une entité, les majors, qui n’ont jamais su prendre en compte le problème d’Internet et du mp3 et qui ne veulent pas accepter qu’elles doivent se réformer et oublier le système qui a fait leur fortune. Quand on voit qu’un disque comme ‘Dark Side of The Moon’ des Pink Floyd est encore en vente à plus de 20€ à la f***, quand on voit qu’on nous vend des albums en mp3 (juste des fichiers électroniques !) à plus de 10€, quand on voit que le prix moyen d’une nouveauté n’a pas baissé depuis des années, on se dit que ces gens là marchent sur la tête.
Alors certes, à leur décharge, il y a des frais des distributeurs comme la Fnac ou Virgin. Mais cela n’explique pas tout !

De l’autre, on a les consommateurs, comme toi ou moi, qui ont souvent un discours vindicatif contre les majors et le monde de la musique. Je dis « pourquoi pas ». Mais il faut avouer que beaucoup n’ont pas une attitude des plus respectueuses. Quand on voit qu’énormément de gens téléchargent, écoutent beaucoup de musique et tombent amoureux d’albums sans jamais en acheter un, je trouve ça scandaleux. C’est un manque de respect évident ! Je ne demande pas qu’on achète 150 disques par an comme moi, mais un album – qu’on aime énormément et qu’on écoute quasi-quotidiennement – tous les trimestres ça n’a jamais grevé un budget !
Pour moi, tout le monde est responsable de cette situation. Les majors comme les utilisateurs. Sauf qu’aucun ne veut accepter ses torts et tous se renvoient dos à dos. Pitoyable.

Et ce qui te chiffonne le plus dans ton rapport à la musique aujourd’hui?
Ne pas avoir les moyens de me payer une nouvelle platine vinyle. Les Lps s’entassent chez moi, mais je ne peux pas les écouter pour le moment.

Myspace est-il mort?
Oui, pour moi, Myspace est mort. Pour plusieurs raisons : il a été bouffé par les audioblogs. Mais surtout il a perdu son sens communautaire. A une époque, au tout début, on écrivait des messages sur les myspaces des autres, on se passait des photos, on faisait ce qu’on fait aujourd’hui sur facebook, mais avec un lien fort avec la musique.
Depuis, Myspace a été envahi par les groupes qui ne s’en servent plus pour créer une communauté mais pour avoir le maximum d’amis et un maximum de visibilité!

Et puis l’interface, toujours aussi lourde et longue à charger, n’a pas aidée, il faut avouer. Désormais, c’est un robinet à pubs, à promotion : il n’y a qu’à voir 95% des parties commentaires qui sont totalement affligeantes, pleines qu’elles sont de flyers de concerts ou d’annonces de sorties d’albums, que personne ne lit d’ailleurs. Bref, c’est lassant et particulièrement énervant.

Et puis il y a toujours le problème de la qualité des sons mis en ligne : c’est mieux que par le passé mais c’est toujours assez faible.
Bref, Myspace est mort, vivote encore par l’aura qu’il a eue. Mais il est voué à disparaître à terme, ou au moins à perdre l’impact qu’il pouvait avoir il y a quelques années de cela.

Hadopi: pour ou contre?
Forcément contre. A deux niveaux : la loi est inapplicable (il suffit de se balader sur la toile pour se rendre compte que ça l’est totalement, des tas d’articles décrivent très bien le pourquoi du comment) et surtout elle ne vise pas forcément le monde culturel mais un flicage encore un peu plus strict des internautes (voir la prochaine loi LOPPSI).

Moi ce qui m’embête là-dedans, c’est qu’encore une fois, on tape sur tout le monde sans distinction, considérant que tout le monde est coupable. C’est comme l’histoire des web-sheriffs qui tous les jours font des scans du web pour voir si on n’a pas mis, illégalement, un mp3 en ligne sur un blog ou un site.

J’ai eu à faire à ces affreux jojos deux fois (j’avais même écrit un papier sous le coup de l’énervement : http://ileftwithoutmyhat.blogspot.com/2008/12/web-sheriff-fais-moi-peur.html. Et je dois avouer que je n’en changerais pas une ligne aujourd’hui). La première pour un article sur les Decemberists et la seconde pour le dernier album de Loney, Dear. Je conçois qu’on puisse trouver la mise en ligne de titres mp3 limite, mais à ce moment là, on prévient, on avertit, on demande le retrait des fichiers incriminés.
Sauf que là non : pas un mail, pas un message pour me demander cela. Non. Juste un effacement pur et simple du post. Emballé c’est pesé. Comme un vulgaire pirate.
Que l’on traite comme cela des blogs qui mettent en ligne une vingtaine d’albums par jour, dans une sorte de compétition de celui qui a la plus grosse, je veux bien le comprendre. Que l’on traite des blogs comme le mien (mais je suis très loin d’être le seul à avoir été touché par le web-shériff) pour qui le seul but est de faire découvrir un groupe ou un artiste, je le conçois beaucoup moins.

C’est un « deux poids une mesure » assez regrettable.

Selon toi, la musique on l’écoutera comment dans 5 ans?
Chez moi, dans 5 ans, dans 20 ans ou à l’orée de ma mort, on l’écoutera sur une platine vinyle ou sur une bonne platine cédé.

Pour chez les autres, j’imagine que le cédé ne sera plus qu’une niche très réduite, à l’image de celle du vinyle il y a encore quelques années, qui ne concernera que les fans comme toi ou moi. Mais la norme sera l’écoute de compilation deezer, jiwa ou spotify, la qualité du son n’aura définitivement plus aucune importance, on criera au génie sur l’écoute de groupes encodé en 128kbps. Génial !

Si l’industrie musicale avait du flair, elle tablerait justement là-dessus pour ramener les gens dans les rayons de disques. Elle commencerait par se mettre en cheville avec des fabricants de platine cédé top-qualité pour faire baisser les prix, puis tenterait d’éduquer les futurs consommateurs en leur expliquant qu’un cd qui passe sur une platine de qualité n’a rien à voir avec un mp3 diffusé dans winamp et via des enceintes d’ordinateur. Avant de tenter de redonner goût au public d’une belle pochette, d’un bel artwork.

Mais il ne faut pas rêver malheureusement.

S’il y a une personne ou une rencontre liée à la musique que tu voudrais évoquer, n’hésite pas!
Des rencontres musicales, j’en ai fait plein dans ma vie, à tous les niveaux. J’ai vraiment beaucoup de mal à en ressortir une pour être honnête. Donc je vais en ressortir deux.

Pendant un an j’ai été stagiaire chez PIAS France, à Paris, et je dois avouer que cette expérience professionnelle a été la plus enrichissante de toute ma vie : de par les personnes que j’y ai côtoyé (des fous furieux fans de musique et passionnés par leur boulot, qui m’ont vraiment incité à me plonger plus à fond – notamment – dans le hip-hop ou l’électro), de par les artistes que j’ai défendu (travailler les disques de Miossec, des Libertines, de Franz Ferdinand ou assurer la sortie du ‘Funeral’ d’Arcade Fire, c’est quand même très plaisant) ou de par l’envie que j’ai mis dans l’exécution de mon travail (tu comptes pas tes heures, mais tu es content de vivre ça). Bref, 13 mois géniaux, où j’ai bossé musique, mangé musique, bu musique, vécu musique. Si l’industrie musicale avait des gens comme ça à sa tête (en tout cas ceux de cette époque), nul doute qu’elle se porterait bien mieux.

Et puis pendant que j’y suis, en ce qui concerne les rencontres musicales, il faut que j’évoque les forums. Et notamment le premier sur lequel je me suis inscrit : La Caverne. Un site/forum culturel ahurissant, plein de gens cultivés et passionnants. Et à tous les niveaux. C’est là-bas que j’ai vraiment ouvert mes univers (entre autres) musicaux. C’était en 2002. Depuis La Caverne a mis la clé sous la porte, mais un autre site, Jamrek , lui survit avec un forum un peu foutoir certes mais une qualité de posts toujours bien grande. On y parle de tout : de rock, de pop, de musique expérimentale, de vieilleries, de hip-hop d’électro, d’artistes improbables, de cinéma, de livres, d’expositions, de politique. On est capable de passer du dernier Britney à Sunn o))), d’un coffret de musique africaine au dernier Maximo Park. Le tout avec des contributeurs aussi hilarants que doués, capables de te passionner en quatre lignes sur un obscur chanteur anglais qui n’a sorti qu’un Ep de toute sa vie. En fait, Jamrek, c’est la vie.

Des réponses fouillées et un avis tranché mais mesuré, selon moi, sur l’industrie musicale. Avis dont certains pourraient s’inspirer… Merci à Twist.


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