Interview | Jean-Noël Bigotti de l’IRMA
Publié par Valochenov 2
Jean-Noël Bigotti est énervant. Il connait très très bien le monde de la musique aujourd’hui. En prise avec ce qui arrive et avec ses acteurs. Une mine d’informations et de contacts à lui tout seul. Et au lieu d’être méprisant et fat, il est sympa et accessible. Démonstration…
Peux-tu te présenter?
Jean-Noël Bigotti, je travaille à l’Irma (Centre d’information et de ressources pour les musiques actuelles) comme responsable des éditions et du centre de ressources.
Tu y fais quoi à l’IRMA?
En tant que responsable du centre de ressources, c’est gérer une équipe autour de l’information-ressource (Mathias Milliard et Camille Gillet au quotidien plus le renfort de Yann Perrin au conseil les lundi et mardi après-midi). Ce service à l’Irma est celui qui gère (entre autres) les offres d’emplois et de stages, rédige les dossiers d’actualité, coordonne la lettre d’infos électronique, écrit les news sur le site, accueille les porteurs de projet, réactualise certains des ouvrages ou des documents en ligne. Nous organisons aussi des conférences, des journées d’infos, etc.
En tant que responsable des éditions, c’est trouver, accompagner, éditer des auteurs sur des sujets bien précis (il suffit de voir la liste des ouvrages dans la collection guide des métiers), c’est un boulot très prenant…
Il y a quoi en projet à l’IRMA?
Plein de choses en cours à l’Irma (ça change pas, il y a toujours plein de projets !).
Le Réseaudocs : http://reseaudocs.org/ une plate-forme de mutualisation de documents
La sortie de Profession manager, de la Circulation internationale du spectacle, les rééditions de Profession entrepreneur de spectacles, de l’édition musicale… Une collaboration avec Agi-son sur un guide de la bonne gestion sonore, la préparation de rencontres autour de la sécurité des spectacles, du management… Bref un certain nombre de projets « denses » et j’en oublie forcément…
Comment découvre-tu les groupes aujourd’hui?
Bouche à oreille, festivals, blogs musicaux, mes collègues… Simplifymedia…
Le vrai problème de l’industrie musicale aujourd’hui (de ton point de vue)?
Je crois que ça a été une difficulté d’anticiper et que désormais, c’est s’essouffler à rattraper de nouveaux usages alors que d’autres systèmes se mettent en place et que l’on ignore encore de quoi demain sera fait. D’autant plus que la capacité financière pour rebondir a disparu en grande partie, puisque les investissements suivent difficilement.
Deezer, spotify: mortel « c’est très bien » ou mortel « ca va tuer un peu plus l’industrie »?
C’est plutôt symptomatique de ces nouveaux usages : l’important n’est plus de posséder le fichier ou le disque (de toutes façons, ça prend trop de place) mais de pouvoir se connecter en permanence et écouter ce que l’on veut. Entre les systèmes de recommandations, les playlists partageables, les manques de législation autour de la rémunération de ces usages pour les ayants-droit, la qualité différente en fonction des fichiers et le manque de liens directs pour acheter des œuvres, sans compter la carence d’informations sur ces fichiers (à part une image…)… Je crois que certains combats sont d’arrière-garde.
Et que l’on a besoin d’un électro-choc pour avancer.
Le live: la solution ou un problème de plus sur la liste?
Non pas un problème ni LA solution, c’est une des composantes à intégrer dans une économie où chaque rentrée d’argent compte pour développer une économie, mais la solution ne viendra pas que du Live : se reposer uniquement sur un pan de la filière musicale est risqué. C’est un peu comme si l’industrie de la musique ne reposait que sur l’industrie du disque pour générer des revenus.
Selon toi, la musique on l’écoutera comment dans 5 ans?
Partout. N’importe comment et sur n’importe quel support physique grâce à des connexions en bluetooth ou wifi… D’où l’enjeu de la prescription et de la pédagogie pour éviter que l’on écoute que de la musique provenant de sites hyper marchands ou de grosses compagnies qui ont peu de liens avec la musique…
Et la découverte en live, dans 5 ans, ca donnera quoi?
J’en sais rien. J’ai l’impression que les salles sont de plus en plus seules pour développer de la découverte en live. En outre, tant qu’il n’y aura pas une législation cohérente par rapport aux pratiques en amateurs, on va se heurter à des problèmes de développement.
S’il y a une anecdote particulière ayant trait à la musique ou à l’IRMA que tu souhaites évoquer, tu es le bienvenue.
Ben je sais pas trop… Y en a tellement et dans la musique, et à l’Irma. J’ai un fichier où je note toutes les citations qui valent leur pesant de cacahouètes, en voici une d’un copain : « on a des pistes mais il va falloir les goudronner si on veut éviter les nids de poule ».
Question subsidiaire concernant l’univers musical aujourd’hui, quelle question importante ne se pose-t-on pas selon toi?
La pédagogie dans les usages de consommation de musique n’est pas assez épaulée (cf. Promusic et touspourlamusique), le rôle de la formation des professionnels de la musique à être capable d’anticiper les innovations n’est pas pris en compte…
Qu’est-ce que je vous disais. Réponses argumentées. Avis tranché mais ouverture d’esprit. Enfin bon c’est pas possible. Doit être pour ça d’ailleurs que des Jean-Noël Bigotti on en croise pas des masses. Donc musiciens, groupes, artistes qui errez dans les méandres du monde de la musique actuelle, ne perdez plus votre temps sur ce site mais, si vous êtes Parisiens, courrez à l’IRMA. l’IRMA est comme Jean-Noel et son équipe: une mine d’or. Et inscrivez-vous à la lettre du mois. Et participez à l’opération de l’IRMA sur facebook. Allez, go!













Pas de commentaire