[Edité le 16 décembre suite à échange téléphonique avec l'artiste citée dans l'article]

Voilà ce qui se passe quand on donne des conseils… On finit par se prendre les pieds dedans. Avant d’écrire cet article j’avais répondu par email à l’artiste qui m’avait écrit expliquant en gros que sa démarche me paraissait contre productive, souhaitant bonne chance et basta.

J’ai juste oublié un truc c’est qu’en lisant l’article elle ne pouvait pas le prendre autrement que comme elle l’a pris: mal et comme une attaque personnelle.

Je n’ai pas cherché à être agressif ou désagréable et le ton employé est clairement destiné aux lecteurs et pas contre elle. Mais c’est un peu petit facile. C’est ce que j’ai pensé mais je me suis puissamment vautré. Et comme je bosse avec des artistes, je ne pouvais pas imaginer une autre réaction que la sienne.

Envoyer le mail puis écrire l’article en pensant que ça le blesserait pas c’est un peu du même niveau que le “Je voudrais pas être désagréable mais …. tu pues vraiment de la gueule” ou “je veux pas foutre la merde mais… ton mari t’a trompé”. Le fait de nier une évidence ne la fait pas disparaitre.

Du coup je me suis retrouvé à blesser une artiste qui comme je le supposais était sincère dans sa démarche et s’est retrouvée avec un mec comme ça qui dézingue son travail. Je maintiens que je trouve dommage justement ce que j’estime être –d’une manière générale- contre productif et dommageable pour l’artiste.

Mais pour un bon mot, un article bien senti j’ai fait un peu l’impasse sur l’être humain qu’il y avait derrière l’email. Involontairement peut-être mais quand même. Bref je suis sincèrement désolé de l’avoir blessée. Et non je ne le referai pas. Ni avec elle, ni avec un autre. Enfin sauf si j’ai envie d’être blessant mais là c’est autre chose.

Voilà ce que j’ai reçu dans ma boite mails. Boite qui commence à regorger de mails plus ou moins ciblés, plus ou moins publicitaires. Mais un mail d’artiste comme celui-là, jamais. Je vous livre le mail et vous en penserez ce que vous voulez hein…

“Bonjour”

« Bonjour » c’est bien mais bonjour Valoche ou bonjour Valéry c’est mieux. Moi je m’en fous mais tout le monde ne s’en fout pas. M’enfin c’est du détail. Mais bizarrement c’est du détail qui peut aider à mettre le lecteur dans de bonnes conditions.

“Je suis à la recherche d’un nouveau manager car mon ex-collaborateur vient de changer de vie et de secteur d’activités.”

La demande est claire: OK. Un nouveau manager. C’est bien d’être clair. Et puis c’est comme une voiture neuve à vendre, tout de suite on explique “cause tétraplégie” ou “décès multiples et répétés” histoire qu’on se dise pas que ça vient de la voiture.

“J’ai entendu parler de vous et plutôt en bien.”

Ca c’est un bon réflexe enseigné à la page trois du guide du petit manipulateur en herbe: flatte l’égo de ton interlocuteur. Fais lui savoir que tu le connais. Et que tu l’apprécies. Par une réaction psychique assez bizarrement foutue quand l’égo gonfle la méfiance se dégonfle.

“Je sais que vous travaillez sérieusement.”

Page 4 du guide précédemment cité ils disent aussi “n’en fais pas trop, ni trop vite ça pourrait se voir”. La première remarque avait fait gonflé mon égo dans des proportions raisonnables. La deuxième a tout regonflé ma méfiance naturelle. Spontanément je suis allé voir le destinataire du message. C’était un message de masse. Envoyé à plein de gens différents. Forcément la flatterie perd un peu de sa valeur…

Mais surtout surtout, bordel de piano à queue, qu’est-ce qui peut passer par la tête d’une artiste pour qu’elle veuille travailler avec un manager qui sur un tel message dirait “oui oui cool j’y vais”.

Recrute Tocard…

Il se sera laissé berner par les deux compliments à deux francs? Mais bordel ton manager est censé défendre tes droits artistes. Il est censé se battre becs et ongles pour toi. Alors si tu décides de bosser avec un jambon de trois semaines qui se laissent enrhumer à la première brise, faudra pas t’étonner si un jour ils se pointent “ouais alors putain j’ai signé un deal là, attends attends tu vas voir, alors bon on leur laisse tous les droits gratos sur 55 ans mais ils nous ont promis une couverture dans Gouala et un pressage de 1500 CDs. Attends. Et en plus ils ont dit que j’étais un super manager alors tu vois hein”.

Ce qui est terrible c’est que la dame a peut-être trouvé un ebook ou un article d’un manager donnant ce type de conseil “flatter l’autre” patati patata. “comment contacter 5796 managers en 3 clics”.

La manipulation n’est pas en soi une mauvaise chose. Mais de la manipulation a bon escient. C’est à dire pour passer les barrières et faire que les deux parties arrivent à une situation où elles ont, de bonne foi, envie de bosser ensemble !

Là, une artiste aura passé des heures à envoyer des emails impersonnels à des managers pour rien. Ou pire, trouver la perle rare qui va trouver que “yeah elle a entendu parler de moi en bien”…

Je ne vous donnerai pas le nom de l’artiste parce que je n’ai jamais cautionné le foutage de gueule bien planqué derrière son pc*. Qu’en plus cet article est partial et discutable. Et que je suis plus désolé qu’autre chose pour l’artiste qui est surement sincère dans sa démarche. Et que cela illustre plutôt les méandres dans lesquels sont plongés beaucoup d’artistes qui justement ne sont pas ou mal entourés. Il ne s’agit donc pas de dire ‘”machine est ceci, machin est cela”. D’ailleurs finalement, vous, vous recevriez un mail dans ce style là, votre réaction ce serait quoi?

* sauf pour Céline Dion et Florent Pagny. Mais j’ai honte bien sûr