Des blogs sur la musique, il y en a beaucoup. Et chaque jour un peu plus. Ceux qui durent ne sont pas légion. Des Oreilles Dans Babylone dure et il y a une raison: de la qualité, de l’originalité et de la variété (attention il y a un piège là). Fabien nous raconte un peu l’histoire de DODB et parle de piratage, d’artistes, de musique.

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Peux-tu te présenter?

Fabien, 26 ans, Avignonnais d’origine et Parisien depuis un an. Je suis journaliste et je bosse actuellement dans le documentaire télé.

Qu’est-ce qui t’a motivé pour créer ce blog et qu’en reste-t-il 2 ans et demi après?

L’idée de départ est relativement simple. Je l’ai eu avec mes deux camarades Julien et Charles. En vadrouille aux quatre coins de la France pour le boulot ou les études, nous nous retrouvions sporadiquement à Avignon. A chaque fois c’était le même chose : les bras chargés de disques, nous essayions de rattraper le temps perdu et partagions toutes nos découvertes des 6 derniers mois ou de l’année passée. Au bout d’un moment, nous nous sommes dits qu’il pouvait être intéressant d’échanger de façon plus suivie dans le cadre d’un blog, ce qui faisait voler en éclats tous les problèmes liés à la distance. Ainsi est né Des oreilles dans babylone autour de l’idée de parler musique entre amis. Ce fût d’ailleurs le premier slogan du blog. Ensuite, à grands coups de bidouillages le site a pris la forme qu’il a aujourd’hui et de trois contributeurs nous sommes passés à une dizaine de rédacteurs réguliers, tous des amis ou des connaissances rencontrées çà et là… Du blog entre copains nous sommes passés à une formule plus ouverte vers l’extérieur et au rythme de publication beaucoup plus soutenu.

Tu le vois évoluer comment dans les 2 ans à venir ?

Nous essayons de plancher actuellement sur une nouvelle version du site, plus léchée graphiquement et plus ergonomique. Nous souhaiterions également y incorporer des vidéos de notre crû. Globalement, ce sont les deux objectifs que nous nous fixons à moyen terme. Ensuite, pourquoi ne pas associer le nom de DODB à des événements musicaux ou organiser les nôtres…

Vous écrivez sur tous les styles et toutes les époques (dans la même semaine « Baby Face Willette » – du Jazz de 1961, « Jeepster » du rock de 2009). Pas de course à l’actualité sur Dodb?

Pour parler à titre personnel – néanmoins je pense que mes camarades se reconnaîtront dans ce que je vais dire – j’ai la nausée quand j’entends cette expression de « course à l’actu ». Rien que le mot « course » me paraît à des années lumières de l’expérience induite par l’écoute et l’assimilation d’une œuvre musicale. Certes, nous chroniquons des disques qui font l’actualité et parfois même le faisons avant les media classiques. Il s’agit là de donner notre avis sur une sortie attendue impatiemment, une nouveauté surprenante ou de pourfendre à l’occasion un disque glorifié à tort par la mécanique insidieuse du « buzz ». Pour autant, nous ne nous imposons aucun travail lié à l’actualité à proprement parler. Nous évoquons des disques que aimons et dont nous estimons qu’ils méritent d’êtres connus ou reconnus. Ensuite, comme tous bons mélomanes, nous nous tenons au courant des sorties et autres rééditions.

Comment  gérez-vous la profusion de groupes, morceaux, vidéos, évènements?

Il y a toujours eu profusion de groupes, de morceaux, de disques et d’événements. Seulement, nous vivons aujourd’hui sous le règne du gavage et du zapping, dû principalement à l’émergence d’Internet comme medium de masse. Ingurgiter le plus de choses le plus rapidement, remplir ses disques durs de musique, accumuler les références et les anecdotes sans prendre nécessairement le temps d’aller au fond des choses. L’idée de DODB n’est pas de relayer tout ce qui se fait en matière de musique. Comment pourrait-on nourrir un projet aussi ridicule ? Il ne s’agit pas de verser dans l’exhaustivité mais dans la sélection. Ne multiplions pas les brèves et les chroniques mais essayons de prendre le temps d’assimiler les choses, de les intérioriser et d’en rendre compte avec justesse et avec coeur. La profusion, nous n’avons pas à la gérer, nous tâchons plutôt de parler bien de ce que l’on aime en espérant transmettre notre passion à nos visiteurs.

Concernant la découverte de nouveaux artistes. Aujourd’hui pour vous c’est plus simple ou plus compliqué qu’il y 5 ans?

Il serait faux de dire qu’il est plus difficile aujourd’hui de découvrir des artistes. Les pistes d’entrée en écoute se sont multipliées et grâce à myspace, deezer et consorts on peut avoir accès à une somme considérable de musique très facilement. Le problème reste toujours le même, celui que tu évoquais précédemment, en l’occurrence la profusion. Pour se repérer dans l’océan de sons offerts à nos oreilles, nous avons besoin de prescripteurs, de gens qui nous aiguillent. Ce rôle a longtemps été tenu par la presse spécialisée, la radio et les disquaires. Aujourd’hui, force est de constater que les magazines n’occupent plus guère ce rôle et sont généralement d’un déprimante prévisibilité. Les radios distillent globalement de la soupe et ont des playlists totalement rachitiques. Enfin, le réseau des disquaires indépendants, à force d’être marginalisé par les majors, s’est réduit à une véritable peau de chagrin. Certes, des blogs et des sites web consacrés à la musique existent mais à mon avis ils demeurent largement confidentiels. Aussi, je te ferai une réponse de Normand : je ne pense pas qu’il soit plus compliqué de découvrir des artistes aujourd’hui mais pour autant l’abondance et l’instantanéité que nous connaissons ne facilitent pas la sélection..

Quel est -de ton point de vue- le vrai problème de l’industrie musicale aujourd’hui? Et ce qui te chiffonne le plus dans ton rapport à la musique aujourd’hui?

Il y auraient beaucoup de choses à dire sur l’industrie musicale aujourd’hui et notamment sur la patente cécité des majors face aux changements de notre époque mais je vais plutôt m’en tenir à une remarque personnelle. Pour ma part, ce qui me chiffonne le plus dans mon rapport à la musique c’est la tentation du zapping dont je te parlais tout à l’heure. Je ne suis rien d’autre qu’un putain d’enfant de mon temps et je n’en suis pas particulièrement fier. Je dois souvent lutter pour ne pas céder à la boulimie.

HADOPI: pour ou contre?

Contre. Cette loi n’avait pas encore été présentée à l’Assemblée nationale qu’elle était déjà obsolète. Nous avons déjà basculé dans une autre ère que celle du peer to peer symbolisée par emule ou les torrents. Nous sommes à l’heure du streaming et du téléchargement direct. La loi est has been. Quand en plus on ajoute à cela la mascarade qui a eu lieu autour de son vote – les effectifs clairsemés de la majorité et le “coup du rideau” à la Bataille et Fontaine de l’opposition – on se dit que tout ça est bien ridicule et pathétique… Au neveu Mitterrand de s’en dépatouiller aujourd’hui. Bonjour le cadeau !

Deezer: mortel ou naze?

Très bon, tout ce qui peut permettre à un maximum de gens d’accéder à de la bonne musique est évidemment positif.

Selon toi, la musique on l’écoutera comment dans 5 ans?

Globalement, davantage en numérique, je n’en doute pas. Pour autant, je ne crois pas une seule seconde à la disparition des supports physiques. Le rapport ne sera jamais le même avec un fichier informatique qu’avec un disque, et je pense en particulier au vinyle.

Ce dont tu es le plus fier par rapport à Dodb?

Du fait qu’il soit et demeure un espace de liberté où nous ne nous posons aucune limite ni contrainte et parlons simplement de musique.

Je voudrais aussi (et surtout) raconter des histoires d’humains, de personnes. Alors s’il y a une personne ou une rencontre liée à la musique que tu veux évoquer, n’hésite pas!

Cela n’a pas de rapport direct avec le site mais j’ai fait cette année une jolie rencontre « musicale » dirais-je. Il s’agit d’un disquaire parisien dénommé Larry. Un homme à l’histoire passionnante, d’une grande humilité et définitivement habité par la musique. Je n’en dis pas plus car je viens de tourner un documentaire sur lui que je suis entrain de monter. A coup sûr, il sera prochainement visible sur DODB…

Voilà, une fois de plus une personne qui n’appartient pas aux milieux autorisés donne son avis sur la musique aujourd’hui et une fois de plus ça vaut 15 rapports HADOPI. Juste parce que Fabien parle de ce qu’il aime ET connait. Ce qui fait une assez grande différence avec heu plein d’autres personnes. Et en plus l’expression “course à l’actu” lui donne la nausée ce qui est, vue de chez moi, une plutôt bonne chose. Merci Fabien et allez lire et écouter ce blog babylonien.

La semaine prochaine, interview de Christophe de Grosse Caisse….

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