Grosse Caisse Web TV

Pendant que les sénateurs travaillent ardemment sur HADOPI 2 (un peu comme si au lendemain de l’invention de l’électricité on n’avait pas trouvé plus urgent et important que de légiférer sur la bougie), d’autres bossent et proposent du son, des images, des groupes. C’est le cas de Grosse Caisse emmenée par Christophe.

Pouvez-vous vous présenter ?

Grosse Caisse est une webtv – t.v. sur internet - consacrée à la musique indie pop electro folk & rock. Nous proposons aux internautes une sélection d’artistes qui ont retenu notre attention. Nous accompagnons aussi parfois les groupes dans leurs projets musicaux, sous la forme d’interviews et de captations de concerts. Depuis peu, nous retransmettons en direct sur notre télé internet, des soirées « concerts en appartement », depuis leur domicile.

Grosse Caisse donne également la possibilité aux artistes de mettre en commun leurs dates de concert selon un principe appelé le « partage de concerts ». Les groupes s’invitent alors entre eux pour venir jouer chacun leur tour à la soirée de l’autre, soit en quelque sorte, « concert aller puis concert retour », « une fois chez moi & une fois chez toi ». Ils peuvent ainsi s’exprimer en dehors de leur fief respectif et se produire devant un nouveau public. C’est également un bon plan pour voyager et rencontrer de nouveaux amis pour de vrai. Enfin, pour un concert organisé, le groupe a la garantie de jouer au minimum une seconde fois comme invité !! En revanche, il est vrai que cette démarche demande de la part des groupes, un minimum d’organisation.

Grosse Caisse c’est quoi ? C’est qui ? Et pourquoi?

Grosse Caisse, c’est à l’origine la passion d’une personne pour la musique indépendante. Ayant une expérience professionnelle de plusieurs années dans le domaine des systèmes d’information, j’ai eu envie de créer un projet évènementiel & multimédia sur le thème de la culture indépendante et qui s’appuierait sur les technologies actuelles : internet et téléphonie mobile.

Les évènements Grosse Caisse sont enregistrés & filmés pour être ensuite rediffusés sur le site internet. Nous possédons notre propre studio d’enregistrement audio mobile. A chacune de nos soirées, nous nous déplaçons avec notre ProTools, notre table de mixage, nos pré-amplis, micros et pieds de micro ainsi que tous les câbles qui vont avec, … mais aussi notre envie de bien faire. Boris s’occupe du son. Deux, parfois trois caméras filment l’évènement. Nous nous relayons alors Emma, Arnaud, Jonathan et moi. Lors des concerts en appartement, Jonathan anime l’émission en direct par ses interviews des groupes. Citons bien évidemment Valérie pour son aide considérable au quotidien.


Un bilan après 5 ans?

Il faudrait plutôt écrire « un bilan après 4 ans ? » ! « grosse caisse – © 2006-2009″

En 2006, il ne s’est pas passé grand chose. Tout a véritablement commencé en 2007. Nous avons commencé à enchaîner les soirées et les interviews. En parallèle, le site internet s’est étoffé et pour commencer : une vrai charte graphique ! Ensuite de nouvelles fonctionnalités sont apparues comme le « partage de concerts » et depuis peu la possibilité pour nous de retransmettre en direct un évènement de n’importe quel endroit à condition bien sûr de disposer d’une connexion adsl sur place, d’où les concerts en appartement !

Sur les deux dernières années, nous avons réalisé environ cinquante captations de concerts et organisé une quinzaine de soirées dans plusieurs lieux parisiens : l’International, l’Union Bar, les Pères Populaires, le Klub, le Café de la Plage & l’espace B.

Et dans la caisse pour les deux ans à venir?

Nous allons bien sûr continuer d’écouter de la musique, d’aller à la rencontre des groupes et poursuivre nos captations de concerts.

Il est prévu également que nous programmions sur notre antenne T.V. un plus grand nombre d’émissions en direct et notamment les concerts en appartement pour lesquels nous avons eu de très bons retours.

Nous allons aussi nous intéresser à d’autres aspects de la culture indépendante comme la vidéo, le court-métrage et l’image.

Durant cet été, la version anglaise de notre site Internet devrait voir le jour.

Nous réfléchissons naturellement d’ores et déjà à d’autres projets mais il est encore trop tôt pour en parler.

Comment découvrez-vous les groupes aujourd’hui? Et comment « gérez-vous » la profusion de groupes, morceaux, vidéos, évènements ?

Il me semble important de préciser que la musique a ceci de particulier, qu’elle ne nous apparaît que rarement de façon instantanée. Nous avons parfois besoin de temps pour l’apprécier. A titre d’exemple, sur un plan plus personnel, j’ai mis six mois avant d’apprécier pour l’éternité l’album Psychocandy de The Jesus and Mary Chain. En revanche, j’ai accroché tout de suite à l’album Goo de Sonic Youth ou encore Painful de Yo La Tengo. Encore aujourd’hui, ces albums restent pour moi une référence. Et puis, il existe des musiques qui m’ont marqué aussitôt et pour lesquelles j’ai saturé aussi vite. A cela, ajoutons que ce qui est vrai pour moi ne l’est pas forcément pour mon voisin. Et puis, je me souviens aussi avoir été déçu par le son d’un album et avoir été impressionné par le concert du même artiste. Tout cela pour dire que rien, en matière artistique, ne me semble définitif.

Notre site internet nous sert de support pour préparer nos émissions. Basé sur le principe du réseau social, les artistes s’enregistrent et mettent à jour leur profil : biographie, agenda concerts, titres audio & vidéo clips. Nous découvrons ainsi les nouveaux artistes et restons informés des projets musicaux de chacun.

C’est aussi pour nous le moyen de mieux apprécier la motivation et l’implication des artistes qui nous sollicitent pour participer à nos soirées car nous avons impérativement besoin de leur soutien pour préparer ces projets communs.

Quel est de votre point de vue le vrai problème de l’industrie musicale aujourd’hui ?

L’arrivée de l’internet a modifié profondément notre rapport à la musique, à mon sens, en raison à la fois, de la profusion et la proximité de l’offre digitale, qu’elle soit payante (iTunes, …), gratuite (Deezer, MySpace…) ou pirate. La plupart d’entre nous disposons d’un disque dur – fixe ou mobile – contenant des milliers de titres audio. Il n’est pas rare de passer d’un morceau à l’autre sans même parfois attendre la fin d’une chanson. Un simple clic suffit. La musique semble être devenue beaucoup plus volatile de nos jours.

Dans ces conditions, il devient donc de plus en plus risqué pour une maison de disques de produire un artiste d’autant plus qu’il sera soumis à une très forte concurrence. Pour qu’il soit visible, l’artiste devra disposer d’un budget promotion important avec comme perspectives pour le label, un retour sur investissement probablement limité du fait de l’offre digitale et de son impact sur les ventes.

Deezer, spotify: mortels c’est top, ou mortels ça va tuer un peu plus l’industrie ?

Ces sites internet proposent en ligne, en toute légalité, 80% voire 100% du catalogue musical des plus grandes maisons de disques.

Les majors ont forcément dû bien réfléchir aux perspectives financières que de telles collaborations pourraient leur rapporter. Aujourd’hui, l’engouement des internautes pour Deezer – et autres sites du même style – semble leur donner raison.

Mais le tout est de maintenant savoir si ce type de modèle économique est satisfaisant dans le temps pour l’ensemble des parties impliquées dans ce dispositif : artistes, labels, éditeurs de sites internet, publicitaires, entreprises... Je crois qu’il est encore trop tôt pour se prononcer. Il n’y a pas si longtemps, qui aurait prédit le déclin de MySpace ?

A mon sens, la période de mutation de l’industrie musicale est encore loin de s’achever. De nouveaux concepts verront bientôt le jour !

HADOPI ou ce qu’il en reste: pour ou contre ?

Notre façon de « consommer » la musique a profondément changé depuis quelques années. Les forces en jeu d’il y a dix ans ne sont plus les mêmes aujourd’hui. La loi HADOPI est à contre temps voulant à tout prix préserver et imposer un modèle économique dépassé, allant même jusqu’à rogner sur les droits fondamentaux de chacun. Et puis, L’HADOPI profite avant tout aux majors bénéficiant de budgets promotion considérables et donc soucieuses de rentabiliser leurs investissements.

Aujourd’hui, je constate que la création musicale n’a jamais été aussi présente. Il devient de plus en plus facile d’enregistrer et de promouvoir sa musique de chez soi. Vous avez même utilisé le terme de « profusion » dans vos questions. Un vent de liberté souffle sur la musique, lui donnant l’opportunité d’échapper aux modèles économiques rigides fixés par les majors. Finalement, j’ai l’impression que la musique retrouve son aspect originel authentique et s’éloigne peu à peu du marketing. Les concerts et les performances parfois insolites des musiciens, se multiplient : concerts… en appartement ou à emporter. L’émergence des artistes se fait désormais par la communauté internet et non plus grâce aux budgets communication indécents des maisons de disques.

Mais il faudra encore se creuser la tête pour proposer aux artistes des nouvelles formes de revenus qui devront, je crois, être fortement diversifiés. Les producteurs devront faire preuve de créativité ! Je pense aux concerts certes mais aussi pourquoi pas au retour du mécénat ou à des solutions innovantes portées par l’internet, la téléphonie mobile, les médias radiophoniques et finalement peu par la vente d’albums ou de fichiers audio.

Selon vous la découverte en live, dans 5 ans, ça donnera quoi ?

Ce qui existe continuera d’exister : festivals, stade de foot, zéniths, Olympia, Bataclan, Elysée Montmartre, Divan du Monde, l’International, café concerts…. Avec en plus une offre internet ou mobile plus répandue notamment grâce au développement des réseaux informatiques de communication.

S’il y a une anecdote particulière ayant trait à la musique ou à grosse caisse que vous souhaitez évoquer, vous êtes le bienvenu.

Depuis la création de Grosse Caisse, j’ai rencontré un nombre considérable d’artistes et de personnes provenant de tous horizons. Très souvent, j’ai été frappé par leur créativité et même scotché littéralement lors de leurs concerts.

Je vais citer quelques noms de groupes aussi différents les uns des autres mais pour lesquels je me sens actuellement très proche musicalement. Je pense à Enob qui sur scène offre un show d’une rare intensité.

Tout comme mon ami Alex de Pop Only Knows, je recommanderais à vos lecteurs de voir ou revoir sur scène eliotE & the ritournelles. La voix de Minnie, la chanteuse, ne laissera personne indifférent. Je suis également fan des mélodies et des textes de Monsieur Lobster mais aussi du personnage. J’ajouterai Jonjo Feather qui passe en France régulièrement. La liste est encore longue : Kaluun, Sim#6, Sexual Earthquake in Kobe, Kavign, BiNoCuLaRs, Frans Schuman, Royal McBee Corporation, Mondrian, Duet, Captain Kid, Marie Marie Cells, Terranovacain… J’en oublie forcément.

Je vous invite à venir les découvrir tous sur Grosse Caisse T.V.

Question subsidiaire: concernant l’univers musical aujourd’hui, quelle question importante ne se pose-t-on pas selon vous?

Je voudrais plutôt citer la question que tout le monde se pose : « Quels modèles économiques pour les musiques actuelles ? »

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Merci à Christophe. Je partage pas mal des idées évoquées dans cette interview. Ceci dit, cela m’amène d’autres questions: la musique s’éloigne-t-elle vraiment du marketing? La communauté internet fait émerger quels type d’artistes?

En tous cas, si avec ça vous n’avez pas envie d’aller faire un tour sur Grosse Caisse T.V. c’est à désespérer!

Et pour vous confirmer qu”il y a du bon, du très bon sur Grosse Caisse T.V, on se quitte sur … eliotE & the ritournelles. oui je sais encore mais je ne m’en lasse pas. Et en plus ils jouent ce soir aux disquaires à côté de Bastille à partir de 20h00!


- Dead man song
Un jeudi soir à l’Union Bar avec Grosse Caisse TV

Ps: au niveau couleur et mise en forme c’est encore le bordel mais j’y travaille, ça va s’améliorer rapidement…